Pourquoi les meilleurs élèves trichent-ils davantage ?

Une enquête qui bouscule les idées reçues sur la fraude aux examens et révèle un paradoxe inattendu : les meilleurs étudiants ne sont pas toujours les plus exemplaires. 

Qui n’a jamais zieuté la copie de son voisin ou même utilisé une « carotte » (nom de code chez les étudiants pour l’antisèche) lors d’un examen ? A en croire une étude menée par Pascal Guibert et Christophe Michaut, deux sociologues du Centre de recherche en éducation nantais (CREN), pas grand monde. Sur les 1 815 étudiants d’une université pluridisciplinaire française interrogés, 70,5 % avouent avoir déjà triché, soit plus de deux étudiants français sur trois, si l’on extrapole ce pourcentage à l’échelle nationale.

L’enquête, intitulée Les facteurs de la fraude aux examens, souligne également que c’est au collège (48,3 %) et au lycée (35,6 %) que les élèves « grugent » le plus. A défaut d’avoir une mémoire irréprochable, les fraudeurs doivent faire preuve d’une imagination sans borne pour tricher à la barbe (ou au nez) des examinateurs. Stylos, règles, trousses, gommes, calculettes, rouleaux de Scotch, téléphones, revers de vêtement, encre invisible, semelles de chaussures et même le corps (bras, chevilles, voire ventre, etc.), la carotte adopte des supports multiples. Récupérer par-ci un brouillon, utiliser par-là des polycopiés de cours non autorisés, copier, le cas échéant, sur son voisin ou demander discrètement une réponse sont également des pratiques relativement répandues dans les salles d’examens.

L’enquête du CREN révèle un paradoxe : les mauvais élèves, de même que les filles en général, trichent moins que les autres. Et c’est l’un des enseignements et des vertus de cette étude que de malmener un préjugé tenace qui voudrait que seuls les élèves en difficulté aient recours à cet usage que réprouve la morale éducative. Dans le cursus universitaire, ce sont au contraire les meilleurs bacheliers qui tricheraient le plus.

Préjugé

Un constat surprenant… A moins que ces soi-disant surdoués n’en soient pas à leur coup d’essai. Christophe Michaut, sociologue, avance d’autres explications : « Les bons étudiants trichent en raison du manque de suivi pendant le cursus universitaire et donc de l’incertitude qui les envahit quant à un éventuel échec. Et ceux qui sont assurés de leur réussite cherchent non pas à obtenir la moyenne à l’examen, mais à obtenir une meilleure note. A l’inverse, les étudiants dont les espérances de succès sont faibles trichent moins car ils s’attendent à être en difficulté, qu’ils trichent ou non. »

Le préjugé qui consiste à penser que les garçons trichent plus souvent que les filles est en revanche une réalité : 35 % des filles disent n’avoir jamais triché au cours de leurs études universitaires, contre « seulement » 25 % des garçons. M. Michaut l’explique : « Non seulement les filles condamnent plus la triche, mais elles sont plus souvent inscrites dans des formations littéraires (lettres, langues, psychologie) où la fréquence de tricherie est plus faible. » Avant d’ajouter : « Frauder lors d’une dissertation est beaucoup plus complexe qu’obtenir un résultat mathématique sur la feuille de son voisin. » Au vu des antisèches existantes, méfiance tout de même !

Article écrit pour le journal Le Monde,
paru dans le cahier Education

EN BREF

FRANÇAIS

5 MIN DE LECTURE

ÉDUCATION • SOCIOLOGIE

TYPE DE CONTENU

Article d’enquête et d’analyse

LE DÉFI

Transformer une étude universitaire riche en statistiques en un article vivant et accessible, capable de surprendre le lecteur dès les premières lignes sans trahir la rigueur de l’enquête. 

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