Quand la nature devient-elle le meilleur laboratoire d’innovation ?
Le biomimétisme ouvre de nouvelles pistes technologiques en observant ce que le vivant perfectionne depuis des millions d’années.
Innover en s’inspirant de la nature, tout en la préservant : tel le principe du biomimétisme. Luminaires inspirés des calamars, béton aussi solide qu’une perle d’huître : tour d’horizon des projets les plus ambitieux qui fleurissent en France.
Nature et ingénierie : deux univers complémentaires ?
L’ingéniosité des araignées tissant leur toile et des fourmis creusant leurs galeries impressionnent et inspirent l’Homme depuis des millénaires. Plus proche de nous, Léonard de Vinci a imaginé sa « machine à voler » en imitant la technique de vol des oiseaux. Au Japon, l’avant du Shinkansen (train à grande vitesse) est inspiré du bec du martin-pêcheur pour absorber les surpressions en entrant dans un tunnel, tandis que des pantographes en forme d’ailes de hibou lui permettent de réduire son bruit. Dernier exemple de biomimétisme, les concepteurs de tenues de plongée imitent la texture de la peau du requin pour concevoir des combinaisons offrant un glissement optimal.
Ce lien étroit entre nature et ingénierie se vérifie plus que jamais auprès des jeunes ingénieurs. Sandra Rey, fondatrice de la start-up Glowee, a eu l’idée d’un éclairage innovant et respectueux de l’environnement en observant les calamars. Ces animaux bioluminescents lui ont donné l’idée d’autocollants à placer sur les vitrines des magasins, qui s’éclairent dès la nuit tombée. Son idée, saluée par plusieurs prix et financée par différents fonds, a même été remarquée par le MIT, l’Institut de Technologie du Massachusetts.
Créé en 2015, le CEEBIOS (Centre européen d’excellence en biomimétisme) prend la forme d’un campus qui réunit chercheurs et entreprises, au cœur d’une ancienne caserne militaire dans l’Oise. Francis Pruche, cofondateur de la structure et lui-même ingénieur, la perçoit comme une vitrine des innovations conçues en France. L’objectif est de concevoir des prototypes, de démontrer leur fonctionnement et de promouvoir les réussites du biomimétisme.
L’écologie comme trame de fond
L’un des projets majeurs du CEEBIOS concerne l’invention du béton du futur, inspiré des techniques développées par les huîtres ou les coquillages, capable de générer des matériaux d’une résistance incomparable. Objectif : développer une technologie à échelle humaine, sur un modèle similaire et générant moins de déchets, moins de pollution et moins de rejets de CO2.
Plusieurs grands groupes se penchent déjà sur le principe du biomimétisme pour concevoir leurs futurs produits, dans l’ingénierie du bâtiment, de la construction en général (utilisation de matériaux naturels, résistants, imputrescibles, résistants à l’humidité…), mais aussi des cosmétiques, comme L’Oréal, qui développe des crèmes exfoliantes à base d’écorce de quinoa et s’engage dans le développement durable.
En France, les projets innovants et mêlant ingénierie et nature ne manquent donc pas. Toutefois, la filière n’est pas encore totalement structurée, et son financement ne suffit pas encore à développer pleinement son potentiel pour pouvoir rivaliser avec l’Allemagne, leader du biomimétisme.
EN BREF
FRANÇAIS
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RECHERCHE • INNOVATION
TYPE DE CONTENU
Article d’enquête et d’analyse
LE DÉFI
Expliquer des innovations technologiques parfois très techniques en racontant comment la nature inspire des solutions concrètes dans des domaines aussi variés que l’industrie, le bâtiment ou les biotechnologies.
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