Le pétrole est-il la véritable arme du conflit libyen ?

Au-delà des affrontements militaires, une analyse des enjeux énergétiques qui conditionnent l’avenir politique et économique de la Libye.

Le conflit qui déchire la Libye depuis la chute de Mouammar Kadhafi, en octobre 2011, génère aujourd’hui encore une situation totalement chaotique, où s’entremêlent enjeux politiques, militaires et économiques, et au cœur de laquelle se trouvent les importantes réserves pétrolières et gazières du pays.

Le chaos. Un seul mot pour définir la situation qui règne en Libye depuis les premières émeutes qui éclatèrent en février 2011, dans le sillage de la Tunisie. Pour trouver une issue à la guerre civile qui sévit depuis dans le pays, mettant aux prises une multitude d’acteurs, un long et difficile processus de reconstruction nationale a été engagé. Une équation compliquée, à plusieurs inconnues, mais dont la clé – quel que soit le point de vue duquel on se place – est le pétrole.

Des réserves de pétrole prises en otage

Les réserves pétrolières de la Libye (48 milliards de barils), les plus importantes en Afrique, place celle-ci au 9e rang mondial. Le pays dispose également de gisements de gaz naturel non négligeables (1 600 milliards de mètres cubes). Malgré cela, la production pétrolière, dont l’exportation constitue la quasi totalité des recettes de l’Etat, est passée de 1,65 million de barils par jour en 2010 à 250 000 en moyenne aujourd’hui – soit une chute vertigineuse de 85%. Entre-temps, le prix du pétrole a été divisé par deux. La Libye est au bord de l’asphyxie financière.

Pourquoi une telle situation ? Dans le conflit qui dure depuis cinq ans en Libye, le pétrole a été pris en otage. Le pays possède en effet six terminaux, dont cinq dans l’Est : Sidra, Brega, Ras Lanouf, Brega (le « croissant pétrolier ») et Tobrouk. Une concentration qui favorise les convoitises des différents belligérants.

Le pétrole, clé de la résolution du conflit libyen

L’actuel gouvernement libyen basé à Tripoli, difficilement mis en place en mars 2016, et dirigé par Faïez Sarraj avec le soutien des Occidentaux et de l’Onu, doit en effet faire face à plusieurs groupes armés, petits ou grands, qui utilisent les installations pétrolières comme moyen de pression pour obtenir de l’argent de l’Etat et surtout posséder un avantage stratégique. Le groupe État islamique, qui a pendant deux ans occupé la région de Syrte avant d’en être récemment expulsé, a lui pratiqué le principe de la terre brûlée, en détruisant des installations pour tenter de mettre à genoux le pays.

Mais le principal rival du gouvernement est le général Khalifa Haftar, à la tête de l’Armée nationale de libération (ANL), qui s’est emparé du « croissant pétrolier » en septembre dernier. Une action qui lui donne un indéniable avantage politique et militaire – 60% du pétrole libyen est exporté à partir de cette région -, mais pas forcément économique, car toute tentative de sa part d’exporter du pétrole sans collaborer avec le gouvernement de Tripoli – qu’il juge lui-même illégitime – serait considérée illégale par l’Onu et découragerait les clients potentiels dans le monde. Au cours des prochains mois, la résolution de la situation politique et économique du pays dépendra donc largement de la nature et de la qualité des relations entre le général Haftar et le gouvernement de Faïez Sarraj – avec entre les deux rivaux, encore et toujours, l’arme du pétrole.

 

EN BREF

FRANÇAIS

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GÉOPOLITIQUE • ENERGIES

TYPE DE CONTENU

Article d’enquête et d’analyse

LE DÉFI

Rendre compréhensible un conflit géopolitique complexe en montrant comment les enjeux énergétiques, politiques et militaires s’articulent autour d’une même ressource stratégique. 

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